La société française n’aime pas ses peintres.
C’est si fréquent que l’on me dise d’arrêter de rêver et d’aller chercher un vrai
travail puisque je ne suis probablement pas assez douée pour vendre des oeuvres
. Que ce soit dans des conversations de café, à France travail ou encore dans
le cercle intime où ça suinte le mauvais jugement, c’est tellement banalisé que
je m’efforce à ne pas écouter. En fait je dois rectifier : la France n’aime
pas les peintres qui ne vendent pas, la pauvreté, les « assistés »,
les incapables de se débrouiller financièrement.
Que doivent-ils penser d’un revenu de
soutien sans contrepartie pour les artistes dans certains pays européens ?
En fait il y a cette échelle : c’est la société qui l’a inventée, la
valeur du travail artistique nivelée par l’argent. Et le plus absurde : voir
les musées pleins à craquer qui présentent des artistes qui ont crevé la dalle
de leur vivant…Mais le plus insupportable c’est la suffisance de ceux qui
estiment que produire des œuvres d’Art pour « rien », en l’air, sans
spectateur, ce ne serait vraiment pas un signe d’intelligence ou de
responsabilité vis-à-vis des autres qui s’éreintent dans un job alimentaire.
Mais être artiste n’est pas un choix, il faudrait être stupide pour décider de
vivre de façon si précaire volontairement ! Etre artiste c’est une façon d’être
au monde, c’est un chemin intérieur et une guidance pour une petite poignée de
personnes qui comprennent que la vie a besoin de se nourrir d’Art et de poésie.
Quoi de plus important que de remplir l’espace de belles choses ? Nous
artistes, n’avons pas peur d’être nous-mêmes, d’écouter les ritournelles
invasives et pleines de poison. Nous sommes libres et pas libre à la fois, mais
surtout nous n’avons pas besoin de ces injonctions à arrêter de rêver.
Parfois j’imagine ce monde sans artistes, sans musique, sans beaux textes, sans
films ni théâtre, sans artisanat. L’humanité ne survirait pas longtemps à cette
sécheresse, mais elle ne le sait pas car elle ne le vit pas.
Il est important de reconnaître que tous, avons des tableaux chez nous, il est
donc bien hypocrite de dire aux artistes de faire tout autre chose. Je réalise ainsi
qu’il y a deux catégories d’homo sapiens : les artRistes ( homo sapeurs de
moral ) et les magiciens qui savent que l’essence même de la Vie est l’ART (
depuis l’apparition de la conscience humaine).
Dommage que les uns jugent mal les autres. Ainsi nous pouvons comprendre la
complexité de nos rapports face à l’argent. J’espère être plus soutenue dans les années à venir, même avec des petits
riens comme dire à un artiste « oh c’est beau ce que tu as fait là «
ou même simplement aller regarder son travail ce qui devient aussi très rare,
aller dans les galeries, contactez les artistes sur internet, commentez leurs œuvres
quand, généreusement, ils vous offre leurs visuels en ligne ( on n’est pas
obligé de le faire : ça ne nous rapporte rien ! )
Ces mots là font-ils réfléchir ?
French society doesn't like its painters.
It's so common to hear me told to stop dreaming and get a real job since I'm probably not talented enough to sell my work. Whether it's in café conversations, at the employment center, or even in my inner circle where the negative judgment reeks, it's so commonplace that I try not to listen. Actually, I should clarify: France doesn't like painters who don't sell, poverty, those on welfare, or those unable to support themselves financially.
What must they think about a basic income without any conditions for artists in some European countries? In fact, there's this hierarchy: society invented it, leveling the value of artistic work with money. And the most absurd thing: seeing museums packed to the rafters, exhibiting artists who starved to death in their lifetime… But the most unbearable thing is the smugness of those who believe that producing works of art for “nothing,” in mid-air, without an audience, is truly a lack of intelligence or responsibility towards others who toil away in a dead-end job. But being an artist isn't a choice; you'd have to be stupid to decide to live such a precarious life voluntarily! Being an artist is a way of being in the world, an inner journey and guidance for a small handful of people who understand that life needs to be nourished by art and poetry. What could be more important than filling the space with beautiful things? We artists aren't afraid to be ourselves, to listen to the invasive and poisonous refrains. We are both free and unfree, but above all, we don't need these injunctions to stop dreaming.
Sometimes I imagine this world without artists, without music, without beautiful writing, without films or theater, without craftsmanship. Humanity wouldn't survive long in such a drought, but it doesn't know it because it doesn't experience it.
It's important to recognize that we all have paintings in our homes, so it's quite hypocritical to tell artists to do something completely different. I realize, then, that there are two categories of Homo sapiens: the artRists (moral sappers) and the magicians who know that the very essence of Life is ART (since the dawn of human consciousness).
It's a shame that some judge others so harshly. This helps us understand the complexity of our relationship with money. I hope to receive more support in the coming years, even with small gestures like telling an artist, "Oh, that's beautiful what you've done there," or even simply going to look at their work, which is becoming very rare, going to galleries, contacting artists online, commenting on their work when they generously offer their images online (we're not obligated to do this: it doesn't bring us any profit!). Do these words make you think?

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