texte de Christian Noorbergen
Magnifique texte de Christian Noorbergen sur mes peintures.
" Présentée par Cécile Dufay à la galerie Mondapart, Marine Karbowski partage son temps de dense création au Viet Nam et en France. Accompagnée des blanches sculptures décalées de Daphné Jardon, l'oeuvre de l'artiste, inventive, plurielle et magique, frappe par sa fascinante complexité.
A la façon d'une étrange condensation onirique, où les éléments épars, joliment éclatés sur la toile sur fond d'insondable affect, constituent pour le regard un voyage aventureux sans fin. Aussi à l'aise dans des peintures chargées jusqu'à l'os -type jungle foisonnante- que dans des oeuvres à la trame décantée, voire ascétique, Marine Karbowski, incandescente, intime et secrète, intègre dans le même temps des éléments de mythologie revus et transformés, de somptueuses présences animales, des traces de mémoire vécue et des allusions historiques au présent.
Onctueuse matière, sensuelle et chargée, comme un fleuve arrêté, chaque peinture charrie un flot d'informations éclatées que la maîtrise du peintre unifie par la richesse d'une trame chromatique dominante chargée d'un affect-source un rien tragique. Cette remarquable unité d'ensemble laisse place, ici et là, à des détails signifiants et des surgissements graphiques et colorés qui dynamisent superbement la toile. "
Christian Noorbergen
indigo hmong
indigo et aquarelle sur papier bambou.
Vietnam 2019
Indigo, indigo, indigo,
ce mot qui résonne entre la rizière et le buffle. Il m'a pris très tard, j'étais encore un petit arbre, je ne connaissais pas son parfum. Il teignait mes souvenirs de mes longs séjour chez les Hmongs noirs mais je n'en avais encore jamais utilisé. Il possède pourtant toutes les qualités d'une peinture extraordinaire, en plus d'une teinture.
L'indigo est organique, la matière naturelle et première. A partir d'une certaine étape, mon amie May ajoute de la terre finement tamisée. C'est dans cet état de profondeur que je le récupère, il est une pâte, avec une odeur de caillou.
L'indigo ne va jamais au noir, il illustre les possibilités du bleu qui refuse le noir. Et pourtant il est Nuit, il est le Rêve et la Couleur. Il côtoie facilement la lumière, dans de subtils dégradés.
Cette série est en relation avec son territoire : les montagnes de Sapa au Vietnam. Je ne pourrai pas le déraciner, il n'appartient qu'à sa terre, il n'obéit qu'aux saisons. L'utiliser en peinture, c'est voyager dans ses feuilles, c'est faire apparaître sa Poésie et son essence. Il aime à se peindre lui-même, sa jungle, son riz, ses jardiniers, ses états amoureux. Je suis bienheureuse de l'avoir enfin rencontré alors que je ne suis encore qu'un tout petit peintre messager dans l'immensité de ses verts bleus. Indigo, indigo, indigo.
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